Paul Vergier


La mer est désormais plastique, on le sait trop. Mais la terre l’est elle aussi, soumise aux ravages de l’anthropocène. Quelle perspective alors pour le peintre de paysage contemporain ? Ancien élève des Beaux-arts de Marseille et de l’Ensba de Paris, Paul Vergier s’est affronté dès l’enfance à la question dans sa Provence natale, avant de choisir de la prendre à bras le corps. Pour seul horizon, ses toiles ont donc les serres qui ont envahi la planète, et projettent de la nourrir tout entière. Mais le jeune peintre les envisage dans leur dimension domestique, et volontairement romantique, plutôt qu’industrialisée à l’espagnole. Ainsi a-t-il trouvé sa solution, très singulière, pour « pouvoir faire paysage sans paysage », comme il le dit. Des pots, des bâches, des treilles brinquebalantes, des cageots, des plantes grimpantes, des montagnes d’artifices : tous ces détails sont enchâssés dans ces abris de plastique translucide qu’il traque obsessionnellement. Protégé de chrysalides de tissu, le monde végétal y survit plus qu’il n’en surgit. C’est, avant tout, une « fascination technique pour ces lumières voilées » qui a happé l’artiste. Intéressé à l’idée d’explorer cet univers « d’enfermement, d’étouffement, de voiles », il en exploite à merveille le moindre interstice afin de « créer une surface dans la surface ». Une étrange émotion nait ainsi de ces toiles. Elle est due à la sophistication de son pinceau, qui dépeint à merveille les mille plis des tentes, la paradoxale beauté des effets du soleil, les presque transparences évoquées par des jus de couleurs qui se diluent dans leur effort de réalisme. Mais elle nait aussi de ces silhouettes qui parfois apparaissent. Un homme lisant, un autre qui contemple dans le vide, les gardiens d’un temple où le temps semble n’avoir pas prise. Des ouvriers désoeuvrés pour qui la paresse serait la seule forme de résistance possible au monde extérieur, celui qui menace en hors-champ. En leur présence lointaine, toute une vie continue de croître, élégamment hors-sol.

Emmanuelle Lequeux , catalogue du 61e Salon de Montrouge, 2016.