Gérard Jan

Gérard Jan domine deux techniques différentes et complémentaires, l’une jouant des jeux de contraste et de transparence de l’encre sur le métal puis du travail délicat du tirage unique sur papier, le monotype, l’autre offrant un rendu immédiat, la possibilité de superposer ou juxtaposer les couleurs, de créer des harmonies subtiles si l’on sait maîtriser une gamme chromatique avec mesure, sans pour autant multiplier excessivement les contrastes colorés, le pastel. L’artiste a l’esprit curieux et dès son adolescence, a été attiré par les techniques anciennes. Un peintre suisse l’a initié à la pratique de la peinture et de la gravure puis Gérard Jan s’est formée avec délectation à l’école des Beaux-arts de Toulouse, avec le grand graveur René Izaure qui dirigeait l’atelier enseignant son art. Il a su transmettre à ses étudiants le goût de l’exigence et de la rigueur, la patience nécessaire face une technique difficile et parfois éprouvante entre la nécessité de réaliser un dessin très précis, avec force légèreté, finesse et densité, matérialisée par le ciselage de la plaque de cuivre ; tout ceci devant également s’allier à une maîtrise de la lumière, basée sur des contrastes de valeur et l’intensité des noirs, la transparence des encres sur le blanc ou du support induisant la profondeur et permettant d’explorer une vaste gamme de gris nuancé. Pendant des années, Gérard Jan a pratiqué l’eau forte. Puis il s’est à donner aux monotypes, en adaptant ses gestes et sa technique. Il est délaissé la pointe à graver pour le pinceau, se mettant à « peindre en négatif », le tirage unique inversant le dessin initial. Cette nouvelle pratique lui a ouvert des champs d’expression différents.

La rencontre avec le pastel s’est faite en 1990. Déterminante, elle a permis l’irruption des couleurs et apporté une belle complémentarité avec les pratiques du monotype. « À travers le noir et la couleur j’interroge l’espace et la matière avec le prisme de la lumière, toujours au centre des préoccupations » reconnaît l’artiste qui ajoute « je cherche à traduire l’indicible en reconduisant le regard au-delà de la simple apparence des choses. Je suis avant tout un contemplatif. » C’est bien en effet ce que ressent le visiteur attentif. Figuratives, ses œuvres attachantes, vibrantes, poétiques, lumineuses, fines et sensibles créent de l’émotion et incitent à la réflexion, à la méditation. Elle révèle en outre l’amour de leur auteur pour les voyages, son regard original et tendre pour certains lieux, sa passion pour la nature, les paysages, les arbres – les cyprès toscans notamment, donc il a su traduire l’élégance graphique. Le contemplatif alors, en créant ses compositions à la fois subtiles, fortes, vibrantes, devient narrateur, raconteur et poète non avec des mots mais par la magie des formes, des contrastes colorés et des harmonies vibratoires fait naître puis partage avec ardeur, bonheur et générosité.