Franca Ravet

C’est une belle rencontre que nous propose actuellement la galerie Schortgen avec les créations de l’artiste belge Franca Ravet.

En quête de réminiscences, questionnant inlassablement la mémoire et les mémoires, cette jeune femme réalise des compositions qui sont autant de puzzles, de kaléidoscopes, de panoramas sur petits et grands formats, véritables réceptacles de notre humanité.

Au premier regard, il nous apparaît que l’artiste se livre à des recherches pour le moins intro- spectives. Elle fouille l’histoire de sa vie, mêle souvenirs heureux, blessures sécrètes. Pourtant, un tel allant, une telle spontanéité émanent de chaque œuvre que nous sentons que chez Franca Ravet les traces, les graffitis, les stigmates et autres scarifications de la toile sont de véritables pulsions de vie. Rien n’est forcement de l’ordre du tangible dans ce travail. L’action de la paraffine et de ses traces transparentes font s’évanouir le graphisme, l’hybrident et le couplent au support.

Nous n’avons pas le temps d’appréhender les contours d’un visage, le mouvement d’une silhouette que ces derniers s’effacent comme des repentirs au milieu d’une cohorte de signes cabalistiques. Que la mémoire est taquine, sélective, continue et discontinue, comme le rythme de l’écriture picturale de l’artiste! Elle tisse notre histoire personnelle, modèle notre vécu, affine nos sensations, avive nos émotions et finalement brode le fil du temps.

 

Doubles et duels

 

Les toiles de Franca Ravet la mettent à nu, font dialoguer avec l’autre, car nous sommes tous doubles et duels. Et lorsque certains fonds dévoilent leur épiderme pariétal, s’impose à nous l’intérêt de l’artiste pour les graffitis, pour la poésie murale urbaine, pour ces traces d’histoire laissées par des mains désinvoltes, désespérées, acrimonieuses ou simplement oisives.

Marquer son passage, sa présence, son existence est un désir universel de pérennité et une manière de faire un pied-de-nez à l’inéluctable.

Tout cela l’artiste le fixe dans la paraffine, le rehausse par sa gamme chromatique sourde, patinée, oxydée. La palette n’exulte pas chez Franca Ravet, elle chuchote, murmure afin de mieux apprivoiser le flux sauvage et brusque des dessins dont se délestent chaque jour la main  et l’esprit de l’artiste. Derrière ce bout de femme souriante se cache une fougue insoupçonnée, une énergie canalisée par l’acte créateur afin d’édifier et d’harmoniser tout un monde intérieur.

Nathalie BECKER