Philippe Nouail

Philippe Nouail est diplômé des Beaux arts de Lorient ainsi que de l’école Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris. Sa peinture peut être violente, elle dérange, par son aspect d’incohérences (collage, superpositions…). Mais la mise en scène rigoureuse et le détail soigné montre la cohérence de l’œuvre et de ces thèmes, le goût révélé de la couleur, de la matière, du cadrage serré, de l’ailleurs. Depuis 1986 avec « Itinéraire Bis », exposition collective au Bénin, il a voyagé avec une propension à revenir à l’Afrique et à interpréter les paysages rencontrés.

 

Il participe à des expositions collectives d’art contemporain :

« Art pour l’Afrique », « Révolution sous les Tropiques », Musée National des Arts de l’Afrique et de l’Océanie, Paris – Musée du Panthéon National, Port au Prince (Haîti) – Galerie Nationale, Dakar (Sénégal), 1989. Participe à « Les peintres et la Révolution Française, collection G. Soria, exposition itinérante, Amérique du Nord et Amérique du Sud, 1990. « L’univers de Roger Caillois », Maison de l’Amérique Latine, Paris, 1991.
Avec le groupe «  A-COR, SOISSONS 91 » , Musée de Soissons, Abbaye St Léger.

 

Les blancs, les noirs et les contrastes de Meryon, les rivages funèbres de Bocklin, les perspectives désertes de Chirico, d’aussi illustres parrains se seraient-ils penchés sur la manière de Philippe Nouail ? Leur connaissance aurait-elle une incidence sur sa faculté de percevoir ? Percevoir les choses, leurs formes, leurs volumes, leurs lignes, mais aussi leur signification, leur symbolique. Et c’est par la ligne et le reflet de cette ligne,- du moins ainsi pourra-t-on entreprendre de le lire-, qu’il capte les images et les restitue, qu’il traduit un ressenti puissant.
Minoterie désaffectées, grues portuaires, docks abandonnés, ses architectures industrielles sont autant de lignes de fuite qui se reflètent, hiératiques, sur une eau parfaitement plane. « Il n’y a pas en vue ici une seule trace de l’homme… ni même une fumée ». Les travaux se sont tus. Les perspectives sont désertes. Le temps s’écoule et rien ne bouge. Impression d’une immobilité cyclopéenne, d’une scène de théâtre longtemps après le tombé de rideau. Lignes verticales et élancées des arbres du rivages, opposées à l’axe horizontal du partage par l’eau et, à sa surface, là encore reflet d’un monde déserté. L’artiste applique un schéma de composition, (d’autant que les vernis sont mats). Puis selon la hauteur de son axe, il réduit à l’essentiel la réalité ? On cherche l’autre rivage. On cherche le frêle esquif. On cherche le clapotis de l’eau. On cherche « l’empreinte d’un passé fabuleux », celle du « train de la vie courante ». Rien. Seuls le silence, la beauté, la poésie.
Lignes courbes enfin, lignes floues ou tremblantes de l’onde, reflet persistant de la barque qui a déjà sombré. Caron lui-même se serait-il noyé ?
Mais qu’il s’étende sur les grands formats peints à l’huile ou, plus spéculaire encore, monochrome, sur de petits monotypes, le reflet est trompeur…

Julia Baudain