Anne Moreau

 

« La peinture se vit sans bruit, chaque matin renouvelée,
semblable aux eaux du fleuve. »

 

Il faut prendre à la lettre ces paroles d’Anne Moreau qui a toujours vécu sur ou proche de l’eau, d’abord sur une île atlantique, puis a navigué sur les canaux et rivières à bord du Pick au Vent dont la cale était l’atelier nomade, pour débarquer à l’écluse n° 11 du canal Latéral à la Marne… Situations qui n’ont rien d’anecdotiques : ses tableaux se présentent comme des damiers à l’intérieur desquels joue, selon l’heure et la saison, la lumière. Effets d’eau, reflets travaillés dans le sens de la plus improbable harmonie. Anne Moreau cherche à faire de sa peinture un moyen d’accueillir la vie dans son mystère même. Façon d’éviter l’effet pour l’effet, de décoller vraiment des références d’école. Son trait n’est limité que par la nécessité qui l’impose : un geste simple, la marque du doigt sur la vitre, légère, destinée à ouvrir au regard un espace proche, habitable. Peu à peu l’extérieur et l’intérieur se répondent. La peinture s’est emplie de couleurs : quelle heure est-il à l’atelier ?

 

Jean-Marie LE SIDANER, in Artension