Anne-Marie
Guerchet-Jeannin

Ni montrer ni cacher faire signe


Sur un fond de couleurs embrasées, des corps chutent, deux, trois, impossible de préciser leur nombre, ce pourrait tout aussi bien être un unique corps, dont les mouvements antérieurs de rotation et de plongée ont été enregistrés par le cerne noir discontinu. Les pieds, quatre, six, et les membres en surnombre se chevauchent et se distinguent, quand une seule tête apparaît. Le visage se dérobe, sans expression, sans âge, asexué, nul détail anatomique. L’art d’Anne Marie Guerchet Jeannin est un hymne à l’invraisemblable plasticité de la machine humaine. Il sourd de l’entrelacs formel et coloré, que l’artiste orchestre avec raffinement, un monde de l’entre-deux, mystérieux et subtil.


Le corps est le sujet favori d’Anne Marie Guerchet Jeannin. Dessiné, peint, gravé ou sculpté, il se livre dans sa nudité à des acrobaties, se déhanche, se désarticule, se tord, se plie, se déploie, se replie, se courbe, s’écartèle. Capté dans un espace onirique, il flotte, hésite entre chute libre, tournoyante et lévitation bienheureuse. Pas d’interprétation unique. Les corps dansent à plusieurs, se mêlent, s’emmêlent, se masquent, se dupliquent sans qu’il soit évident de faire la distinction entre différentes silhouettes et notations des mouvements antérieurs d’un seul corps. Un continuum de gestes, hors de tout systématisme, se dessine dans la couleur, elle aussi dansante.


Sensible aux nus robustes et ambigus de Michel-Ange, aux contorsions des figures de Rodin, Anne Marie Guerchet Jeannin sculpte le volume de ses corps d’athlètes sans sexe, de ses danseurs massifs et musculeux dans une matière complexe, nuancée et variée. La couleur en strates superposées révèle sa subtile densité à qui veut bien s’approcher du tableau. L’oeil courant sur la toile, le spectateur suit alors le ballet enflammé du pinceau : mouvement virevoltant, désordonné ou geste répété à l’identique et qui s’inscrit sur la toile en touches parallèles. Ici, une explosion de peintures qui tombe en pluie colorée, en bruine, en cendres, se dépose en buée. Là, couleurs fouettées, zébrées, peignées, brossées, balayées. La toile accepte tous les accidents, comme autant de traces du travail en train de s’accomplir, des états antérieurs de la peinture. A partir d’une couleur inattendue et inlassable, en renouvellement perpétuel, Anne Marie Guerchet Jeannin donne une unité harmonieuse à l’ensemble. Les papiers collés, après avoir été chiffonnés, enduits de peinture et dépliés, donnent du volume à la couleur. Ils alternent les effets de transparence, d’opacité, de craquelure. Ils redessinent un corps comme une carapace, répercutant et synthétisant l’essentiel du mouvement. Là encore, difficile de compter les superpositions, tant Anne Marie Guerchet Jeannin manie avec raffinement l’art du caché montré.


La peinture d’Anne Marie Guerchet Jeannin nous touche car elle incarne notre aspiration à la liberté. La représentation est affranchie de l’imitation du réel, les corps s’épanouissent dans le détachement des contraintes spatio-temporelles et physiques, la couleur s’échappe du cadre du dessin, qui en retour l’effleure. Entre chute et lévitation, lutte et danse, fantôme et présence, densité et souplesse, morcellement et unité, caché et montré, le passage se fait imperceptiblement, sans violence, toujours remédiable. L’oeuvre d’Anne Marie Guerchet Jeannin parle à chacun de nous, enfin, car ces mouvements du corps sont la métaphore de ceux de notre être. Comme si inlassablement, elle s’attachait à noter les différents états que l’individu traverse au long d’une vie dans sa recherche existentielle d’harmonie intérieure et de sens : élans, repli sur soi, hésitations, dépressions, déchirements, luttes contre soi-même et les autres, pour accéder à l’équilibre idéal.


Merle Reynolds

Expositions personnelles

2015 – village d’artiste de Rablay // Layon
2014-2015 – Galerie Jérôme B. // Arcachon
2013 – Atelier d’automne Paris. Galerie Flotte Sanary /mer -Var.
Chateau de la Capelle Marival Lot. Chapelle des Pénitents // Gordes (vaucluse)

2012 – galerie Toutes Latitudes à Vincennes galerie Alfican // Bruxelles (Belgique)

2011 – espace Gibert à Lézignan-Corbière galerie Valeur-d’Art // Dax

2010 – galerie » salon d’art » // Nantes

 

Expositions collectives

2016 – Art d’aujourd’hui // Bonsecours

2014-2015-2016 – Journées Européennes des Métiers d’Art

2013 à 2016 – Journées internationales de l’Estampe // Paris

2012 – Artcité à Fontenay /Bois Maminiac et Sarlat avec « un train peut… »

2011 – librairie Maruani. Maison d’artistes // Cazals

2010 – « Des Landes à Paris »